Connais tes ennemis!

Comprendre qui réclame activement des mesures anti-chômeurs voire qui a intérêt à ce qu’ils soient des parias est essentiel à la bonne compréhension de l’enjeu du chômage de masse et de la fin de la prospérité pour la majorité des travailleurs aujourd’hui en Belgique.

Nos meilleurs ennemis sont les partis de gauche qui a un moment ou à un autre ont failli à la défense de la sécurité sociale et en particulier du droit au chômage. Notablement le PS sous le gouvernement Di Rupo qui a voté l’instauration d’une dégressivité accrue des allocations de chômage et carrément la fin de droit à trois ans des allocations d’insertion. C’était alors le plus grand recul depuis la création de la sécurité sociale en 1944.

Nos ennemis jurés, eux, ils veulent tout casser et s’y emploient très efficacement depuis leur élection. Ce sont les partis de droite prétendûment centristes à extrémistes (Les Engagés, MR, Extrême Droite, CD&V, VLD, NVA). Ils ont toujours privilégié la défense des intérêts du patronat belge (dont la FEB-VBO qui a demandé la tête des chômeurs spécifiquement).

Une allocation de chômage très faible qui confine à une pauvreté endémique permet une baisse chronique des salaires. Les chômeurs baissent leur prétention salariale au désespoir de retrouver un emploi. Plus leur durée de chômage augmente moins les chômeurs ont d’opportunité d’emploi. Un recruteur/employeur préférera toujours un déjà travailleur qui prospecte le marché pour un autre emploi. Les salaires sont restés bloqués parce que le patronat belge se cache derrière la loi sur la compétitivité pour justifier de ne donner aucun budget pour augmenter les salaires ni les allocations bien-être quand les grandes entreprises engrangent des profits énormes. Cela a contribué à creuser les inégalités de revenus et a décimé la classe moyenne. Cet accroissement des inégalités s’est opéré dans une société qui changeait avec l’atomisation liée aux réseaux sociaux.


C’est dans ce contexte d’une société de plus en plus étroite d’esprit, prône au jugement à l’emporte-pièce, que s’est développé l’ennemi intérieur. Un ennemi qui a progressé au fil des ans, des déceptions qu’ont causées les partis au pouvoir chez le citoyen. L’affairisme des partis, la course au cumul des mandats des élus, leur niveau de vie au-dessus de la mêlée fait de privilèges que ne connaît pas le Peuple, ont aiguisé le dégoût de la chose politique chez le citoyen, un dégoût doublé d’une ignorance dévastatrice aux dernières élections de 2024. Ne voulant plus s’occuper de la politique, ils ont écouté les sirènes des partis de la droite, leurs ennemis. Ignorer la politique, ne l’a pas empêchée de s’occuper de nous.

Ainsi, en votant MR et Les Engagés, les citoyens déçus ont voté pour gagner 500 euros nets de plus que leur salaire actuel. C’est une arnaque, les deux partis qui ont fait du populisme et surfé décomplexé sur la haine du chômeur dans la société, se sont ensuite ravisés et ont promis un différentiel de 500 euros entre l’allocation de chômage et le salaire or ce différentiel existe déjà comme l’ont démontré des chercheurs universitaires de l’Université d’Anvers (à l’exception des chômeuses à temps partiel qui restent des travailleuses pauvres).

Aujourd’hui domine dans la société une envie, une jalousie du voisin, de ce qu’il semble avoir, surtout si chômeur, tous les fantasmes se débrident. Les fins de mois arrivent de plus en plus tôt pour la moitié des Belges et leur colère se tourne vers les plus « mal-aimés » : chômeurs, malades de longue durée, demandeurs d’asile. Cette colère les politiciens l’ont exploitée lors de la dernière campagne électorale avec succès.

Compétitivité contre solidarité

La notion de compétitivité a été intériorisée par tous les individus composant la société aujourd’hui, c’est un argument qu’on entend dans toutes les bouches pour justifier des reculs sociaux voire sociétaux. L’individualisme a creusé le fossé entre les différentes classes de travailleurs exploités. Oui les classes sociales existent et ce sont les divisions qui les déchirent, travailleurs contre chômeurs, travailleurs contre malades, etc. qui rendent compliqué la construction d’une réelle solidarité de classe contre celui qui nous exploite et crée la misère.

Contrairement aux années 40, où la Résitance s’est développée contre le nazisme, simplement parce que ça faisait partie des valeurs de l’époque. Se battre contre l’ennemi était une valeur familiale et aussi sociétale, communément partagée par des gens de droite comme de gauche. La conquête sociale qu’est la sécurité sociale au sortir de la seconde guerre mondiale, n’a pu avoir lieu que grâce au dialogue instauré entre patronat et syndicat pendant la guerre et surtout la peur des révolutions bolcheviks.

Solidarité froide

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation totalement différente, la solidarité brocardée par les mutuelles, les syndicats et des partis politiques n’est plus en réalité qu’une vue de l’esprit. Toutes les institutions issues de la sécurité sociale ont mis en oeuvre la solidarité conquise avec un certain degré de déshumanisation vu la bureaucratisation de la sécurité sociale et l’effritement constant des droits au fil des décennies.

Si au départ on a gagné en droits, on a aussi perdu en chaleur humaine et surtout, plus grave, en éducation populaire par les syndicats et les mutuelles à la lutte pour des conquêtes sociales. Les syndicats comme les mutuelles sont devenus des lobbies comme les autres (sic) qui perdent des plumes, dont le pouvoir s’effritent comme la capacité de mobilisation. Ils sont en effet partie du problème, négociant au sein d’organisme paritaire ( où siègent patronat et syndicats) dans la sécurité sociale, des quantités affligeantes de reculs sociaux et des politiques inefficaces, le Forem en est la meilleure preuve.

Les travailleurs sont plus égoïstes qu’avant mais aussi plus bêtes voire incultes en politique, les syndicalistes ont failli dans leur devoir d’éducation populaire, avant (c’était pas comme maintenant 😉 les syndicalistes militants même illettrés connaissaient tout des enjeux s’ils menaient un combat pour des salaires et des conditions de travail.

Notre Constitution représente nos valeurs. Ce n’est enseigné nulle part. Une Constitution dont on ne parle qu’à chaque réforme de l’Etat mais jamais pour débattre des droits humains qui y sont inscrits. Et leur ignorance a conduit à une absence de volonté de se battre pour les préserver et les citoyens ont privilégié jouer dans le système de compétitivité exacerbée entre travailleurs et chômeurs pour tirer leur épingle du jeu.

Désormais, le travailleur est son meilleur ennemi

C’est facile de citer les partis de la droite extrêmiste quasiment pro-nazi au gouvernement Arizona, qui fomentent la faim généralisée des travailleurs et des chômeurs. Le travailleur, excédé des défaites, se sentant couillonné, las de l’appauvrissement, et ignorant des vrais enjeux et de ce que la droite et l’extrême-droite représentent, il s’est tiré une balle dans le pied en votant à droite après avoir voté à gauche des décennies.

C’est une faillite des institutions de la sécurité sociale, de toute la gauche, des piliers de ne pas même avoir éduqué le peuple à comprendre d’où venait ses largesses protectrices, et de leur inocculer une vélléité de la préserver contre toutes les attaques.

Bien entendu, il y a des salauds de base qui ont voté pour la droite en souhaitant faire beaucoup de mal à d’autres couches sociales, preuve s’il en est que les classes sociales n’ont jamais été aussi prévalentes. Les petits et grands patrons veulent l’abaissement de leurs coûts, des bons esclaves taillables et corvéables ce que leur offre l’Arizona.

Alors le travailleur ignorant, ou simplement veule qui a succombé à l’idée qu’il gagnerait 500 euros de plus que cette « pourriture » de chômeur, il a juste fait en sorte d’appauvrir tout le monde, pas juste le chômeur et toutes les réformes antisociales de l’Arizona lui reviendront dans la gueule comme un boomerang.

Les pilliers feraient bien de se remettre sérieusement en question à l’heure où la droite a décidé de fossoyer la sécurité sociale mais aussi la concertation sociale. On ne gagne rien à négocier avec un mur.

Peut-être serait-il temps de muscler la révolte et d’arrêter d’être « gentils » ?